Catégorie : Suisse

Le danger de la neutralité suisse

Pour le professeur de littérature Simon D. Trüb, la neutralité de la Suisse doit être remise en question d’un point de vue moral. La neutralité peut suggérer une supériorité morale, alors que la Suisse agit souvent d’abord dans son propre intérêt, écrit-il dans ce papier d’opinion. Simon Trüb est chercheur indépendant dans les domaines de la philosophie continentale et de la littérature anglaise. Il a obtenu son doctorat à l’université d’Édimbourg et a enseigné aux universités d’Édimbourg et de Friboug-en-Brisgau. Adopter une position politiquement neutre devient toujours plus difficile dans un monde de plus en plus polarisé. Dans un «point fort», swissinfo.ch montre de manière édifiante à quels défis pratiques la neutralité suisse fait face. Mais la neutralité suisse doit également être remise en question d’un point de vue moral. Mérite-t-elle au moins ce nom? Pour en rester aux exemples donnés dans l’article de swissinfo.ch: est-ce vraiment de la neutralité si la Suisse…

Pia Zanetti: «S’il vous plaît, ne faites pas de moi une héroïne»

La Fondation suisse pour la photographie de Winterthour expose actuellement l’œuvre de la Suissesse Pia Zanetti, en l’absence de visiteurs – mesures anti-Covid obligent. Swissinfo.ch a donc rencontré la photographe chez elle à Zurich. Pas moins de soixante ans de métier dans l’objectif… Pia Zanetti, née à Bâle en 1943, est l’une des photojournalistes suisses les plus marquantes de sa génération. Et l’une des rares femmes à s’être imposées dans ce métier des décennies durant. Très jeune déjà, elle croque le monde à pleines dents. Avec son mari, le journaliste Gerardo Zanetti, elle réalise des reportages engagés. Son travail témoigne de la résistance contre l’injustice tout comme des moments fugaces du quotidien – dans la rue, le jeu ou la réflexion. Sa photographie traduit une vision bienveillante et ouverte au monde qui place l’humain au premier plan. swissinfo.ch: Sur la première image du livre, trois jeunes hommes dansent sur scène. Elle date de 1960. Vous aviez 17 ans. L’image…

Inazio Cassis: «La Suisse doit savoir dans quelle direction elle veut aller dans le monde»

L’E-ID et les Suisses de l’étranger, la nouvelle stratégie pour l’Afrique et le rôle de la Suisse au Proche-Orient: le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis fait le point dans une interview à swissinfo.ch. swissinfo.ch: Le vote sur l’E-ID (identité électronique) sera serré. Vous nous avez invités à un entretien pour en parler. Le Conseil fédéral a-t-il besoin des Suisses de l’étranger pour obtenir un oui? Ignazio Cassis: Oui, bien sûr, le Conseil fédéral a besoin des Suisses de l’étranger. Il a besoin d’une majorité. Que cela vienne de Suisse ou de la Cinquième Suisse n’est pas décisif. Mais les Suisses de l’étranger ont une raison supplémentaire de voter en sa faveur, car ils veulent des services consulaires de qualité et orientés clients. Orientés clients, cela veut dire qu’ils n’aient pas besoin de se déplacer pendant deux heures pour présenter leur identité à un guichet ou remettre laborieusement leur passeport ou une copie de leur passeport par la poste.

«Ne bradons pas notre identité en ligne au plus offrant»

Le peuple suisse devrait refuser la nouvelle loi sur l’identité électronique le 7 mars prochain, estime le journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies Grégoire Barbey, car donner à des entreprises privées la capacité de gérer l’e-ID représente un risque important. La Loi sur les services d’identification électronique, sur laquelle les Suisses se prononceront le 7 mars, fait partie de ces objets de votation qui peuvent avoir une réelle influence sur la vie des citoyennes et des citoyens, et qui sont paradoxalement assez peu discutés. En comparaison, la polémique sur la votation concernant la dissimulation du visage (qui vise surtout l’interdiction de la burqa) est bien plus audible, et ne concerne réellement qu’une trentaine de personnes dans ce pays. Vertige. Les promoteurs de cette législation mal ficelée l’assurent à qui veut l’entendre: ce projet va faciliter la vie des gens. Pourquoi? Parce que grâce une collaboration entre la Confédération et des entreprises…

Des messageries piratées révèlent des méthodes contestées entre procureurs suisses et brésiliens

Lancée en 2014, la très médiatisée opération Lava Jato visait à lutter contre la corruption dans les plus hautes sphères de la politique et des affaires au Brésil. Ayant achevé ses travaux au début du mois de février de cette année, la task force est maintenant scrutée de près en raison de nouvelles révélations. Cette fois, l’attention ne se porte pas sur les milliards de dollars de pots-de-vin versés aux groupes politiques, mais sur les enquêteurs et les juges impliqués dans l’opération. Ce qui soulève des questions sur la coopération avec les autorités suisses. Au cours des six dernières années, la Suisse a joué un rôle clef dans la plus grande campagne de lutte contre la corruption jamais survenue au Brésil: l’opération Lava Jato (lavage de voitures, en portugais). Cette opération a mis au jour les agissements douteux de certaines grandes entreprises et de partis politiques brésiliens. Dans le cadre de l’accord d’entraide judiciaire entre la Suisse et le Brésil, le Ministère…

L’histoire cachée de l’Université

À Zurich, des recherches ont longtemps été menées sur «l’amélioration de la race blanche». L’Université a du mal à accepter cette confrontation au passé. À l’Université de Zurich, des anthropologues, des médecins et des biologistes ont mené des recherches sur l’hygiène raciale et l’eugénisme. De nombreux scientifiques ont profité dans leurs recherches des structures de domination coloniales. Pascal Germann, historien de la médecine à l’Université de Berne, a concentré ses recherches en particulier sur l’Institut d’anthropologie de Zurich. «L’institut est devenu un centre de recherche raciale mondial au début du 20e siècle», déclare-t-il. Le recteur de l’université avait une mentalité eugénique L’institut s’est surtout fait connaître par ses méthodes et ses instruments de mesure, qui ont connu un succès mondial à l’exportation. Ces instruments pourraient être utilisés pour déterminer la taille du corps, la circonférence du crâne ou les angles du visage. «Ces mesures étaient…

Le règne irresponsable de la Suisse sur les mers

La Suisse doit cesser de permettre à de grosses compagnies maritimes de passer sous le radar de la législation de leur pays d’accueil, plaide Mark Pieth, expert en droit et pourfendeur de la corruption. Même si la Suisse n’a pas d’accès à la mer, elle abrite le siège de quelques-unes des plus grandes compagnies maritimes du monde, dont la Mediterranean Shipping Company (MSC), qui est le second plus gros transporteur de containers et le troisième opérateur de croisières de la planète. La MSC exploite plus de 500 navires, mais il y a beaucoup d’autres compagnies maritimes plus petites basées en Suisse et proches de l’industrie des matières premières, comme SwissMarine, avec ses 150 vraquiers, qui transportent du charbon et du minerai de fer. Comme la Suisse est un des principaux centres financiers et la plus grande plateforme mondiale pour le commerce des matières premières, et qu’elle abrite en outre des géants de l’assurance (Swiss Re, Zurich) et de la logistique (Kühne+Nagel…

«La neutralité pratiquée par la Suisse est un outil purement politique»

La politique étrangère suisse n’est guère conforme à l’image d’infaillibilité morale associée à la neutralité, écrit l’historien suisse Hans-Ulrich Jost. Hans-Ulrich Jost a été professeur ordinaire d’histoire contemporaine et suisse à la Faculté des Lettres de l’Université de Lausanne de 1981 à 2005. De 2005 à 2014, il a présidé la commission Documents Diplomatiques Suisses (Dodis). Hans-Ulrich Jost a aussi été officier de l’armée suisse et pilote de chasse. La justification éthique de la neutralité dépend en grande partie de la politique étrangère sous-jacente. Nous accordons indubitablement une grande autorité morale à la neutralité suisse qui se voit gratifiée d’une aura d’infaillibilité presque religieuse. Pourtant, la politique menée dans l’ombre de la neutralité n’est guère conforme à cette image. Un coup d’œil à l’histoire de la politique étrangère suisse révèle de nombreuses zones d’ombre allant à l’encontre de la neutralité. Quand les grandes puissances ont imposé la…

La digitalisation des données cliniques fait suer la Suisse

«Avez-vous déjà demandé votre dossier médical électronique à votre médecin? Essayez seulement! » Le bioinformaticien Torsten Schwede estime que la Suisse est encore loin de l’objectif de créer un système digitalisé unique d’échange des données cliniques. Un outil qui lui offrirait une transition vers une santé plus moderne. «Les données figurent dans certains cas sur papier, dans d’autres, elles sont numériques. Les médecins communiquent encore souvent entre eux par fax. Rien n’existe dans le genre ‘mon dossier médical électronique‘ où les informations coulent ensemble de manière structurée», explique le professeur. Torsten Schwede est vice-président de la recherche à l’Université de Bâle et chef d’un groupe de recherche à l’Institut suisse de bioinformatique SIB. Selon lui, les données médicales des patients sont souvent stockées dans divers silos qui ne sont pas accessibles et sous des formats souvent inintelligibles pour les logiciels. C’est devenu évident au début de la pandémie.

La chercheuse en gravité qui se rêve en apesanteur

À fin mars, elle s’inscrira au concours pour futurs astronautes européens – le premier depuis 2008. Pour l’instant, elle est cosmologiste à Zurich, et vient de décrocher un Prix Latsis pour ses travaux sur la gravité, qui visent à amender la relativité d’Einstein. La rumeur courait, cette fois c’est officiel! L’Agence spatiale européenne (ESA) lance une procédure de recrutement pour de nouveaux astronautes. Onze ans après la dernière sélection, les candidates et candidats pourront s’inscrire dès le 31 mars. Celles et ceux dont les dossiers seront retenus entameront alors l’impitoyable concours en six étapes, prévu pour durer jusqu’en octobre 2022. Lavinia Heisenberg l’attendait de pied ferme: la physicienne et cosmologiste allemande rêve depuis toujours d’aller dans l’espace. Mais elle n’a pas passé les 37 dernières années à rêver. Aujourd’hui professeur à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), elle a déjà à son actif une impressionnante liste de publications et un Prix…